Chez les Dan (aussi appelés Yacouba) de l’ouest de la Côte d’Ivoire, les masques sont beaucoup plus que des objets artistiques : ils sont liés à l’autorité, à la justice, à l’initiation, à la protection de la communauté et au monde spirituel.

Le masque n'est pas seulement un objet

Dans la tradition dan, il faut distinguer le masque matériel de l'entité/personnage qu'il représente.

Lorsqu'un masque apparaît pendant une cérémonie, il peut être considéré comme la manifestation d'une puissance ou d'un personnage appartenant au monde spirituel. La personne qui le porte est donc censée incarner ce personnage, plutôt que simplement « porter un masque ».

C'est pourquoi certains masques étaient soumis à des règles strictes : leur apparition, leur fabrication, leur conservation et les personnes autorisées à les voir ou à les manipuler pouvaient être réglementées.

Différents types de masques

Il n'existe pas un seul « masque dan ». Les spécialistes de l'art africain distinguent plusieurs catégories.

  • Masques de course : associés notamment à la rapidité, à l'agilité et aux compétitions entre jeunes hommes.
  • Masques chanteurs ou musiciens : liés aux cérémonies et à la musique.
  • Masques guerriers : associés historiquement à la défense et au prestige.
  • Masques de jugement : liés à l'autorité et au règlement des conflits.
  • Masques féminins : certains présentent des traits beaucoup plus doux et idéalisés. Ils peuvent être associés à la beauté, à la sagesse ou à des fonctions sociales particulières.
  • Masques de feu ou masques puissants : certaines catégories étaient considérées comme particulièrement dangereuses ou puissantes et n'étaient pas accessibles à tout le monde.

Les classifications varient toutefois selon les communautés dan et selon les chercheurs.

Et les « sociétés secrètes » ?

Le terme « société secrète » est souvent utilisé dans les livres occidentaux, mais il peut être trompeur.

Il s'agit plutôt de sociétés initiatiques, dont certaines informations et certains rites étaient réservés aux initiés.

L'une des institutions les plus importantes historiquement dans plusieurs sociétés dan est le Poro. Il ne s'agit pas simplement d'une organisation religieuse : c'est aussi une institution sociale, éducative, politique et initiatique.

Les jeunes garçons pouvaient y recevoir une formation concernant notamment :

  • les règles de la communauté ;
  • les responsabilités sociales ;
  • les traditions et l'histoire du groupe ;
  • la discipline ;
  • les relations entre les générations ;
  • certaines connaissances religieuses et rituelles.

Le processus d'initiation pouvait être long et comporter différentes étapes.

La forêt sacrée

Un élément particulièrement important est la forêt initiatique.

Certaines cérémonies se déroulaient à l'écart du village, dans des espaces forestiers réservés aux initiés. La forêt constituait symboliquement un espace de transformation : le jeune garçon qui y entrait n'était pas exactement le même lorsqu'il en ressortait.

C'est aussi pour cette raison que les informations concernant certaines cérémonies n'étaient traditionnellement pas communiquées aux non-initiés.

Quel rôle jouent les masques dans ces sociétés ?

Le masque peut servir d'intermédiaire entre le monde humain et le monde spirituel.

Certains masques avaient également une fonction de contrôle social. Leur apparition pouvait rappeler aux membres de la communauté les règles à respecter.

Dans certains cas historiques, le masque pouvait intervenir dans des affaires de conflit, de justice ou de sanction.

Des sociétés initiatiques

Il faut éviter l'image populaire selon laquelle les « sociétés secrètes africaines » seraient simplement des groupes mystérieux qui pratiquent des rites occultes.

Chez les Dan, ces institutions constituaient surtout des structures organisant la société et transmettant les connaissances entre générations. Leur caractère secret concernait notamment les rites d'initiation et certaines connaissances réservées aux membres.

Et aujourd'hui, leur fonctionnement a beaucoup changé sous l'influence de l'État moderne, du christianisme, de l'islam, de l'école et de l'urbanisation.